Mercredi 9 avril 2008 3 09 /04 /Avr /2008 02:02
On grandit. On passe par plusieurs phases. On traverse différentes épreuves, on vit des expériences, et on se construit comme ça, doucement, timidement.
Dans la vie, chaque décision qu'on prend, jusqu'à la plus petite d'entre toutes, passe d'abord par la case "ai-je confiance en moi ?". La prise de position, la défense de ses opinions, de ses principes, même le fait de s'habiller le matin, son "dress-code" comme on dit, la façon dont on marche, la position qu'on prend lorsque l'on est face à un interlocuteur, le regard, l'intonation de la voix, le sourire que l'on arbore, ou la tristesse qui se lit dans nos yeux... TOUT n'est que confiance en soi.
Je suis "à l'aube de mes 30 ans", comme on dit. J'ai vécu mes expériences, j'ai avancé, j'ai abattu des murs, contourné d'autres, et heurté certains d'entre eux de plein fouet. J'ai mis des genoux à terre, je me suis senti pousser des ailes... Il m'est arrivé de me croire invincible, ou plus fragile que ces fleurs de pissenli, sur lesquelles on souffle sans vergogne, pour les rendre d'un coup laides, nues, décharnées et inutiles. Petit à petit, à force de doutes, de certitudes, de hasards parfois, mais toujours de choix, je suis devenu ce que je suis, sans fierté, ni honte.
Je fais désormais comme tout le monde. Dans la glace le matin, je ne regarde pas l'homme que je suis, je regarde le corps qui me trimballe : la peau, la graisse, les poils, les dents... L'Etre en lui-même ne me préoccupe plus. Je ne me pose plus la question de l'image que j'offre. J'ai trouvé quelqu'un qui m'a accepté, qui m'a demandé de mélanger mes cellules aux siennes. J'ai par voie de conséquence occulté la question qui m'a obsédé durant si longtemps par le passé : "Mais à qui pourrais-je bien plaire suffisamment pour que je n'ai plus jamais à plaire à qui que ce soit ?"...
Rassuré, j'ai alors installé mes confortables chaussons au milieu de ceux qui m'aiment. J'ai gardé un port de tête relativement haut, presque orgueilleux, et j'ai enfin pu me détendre.
Jusqu'à LA rencontre...
Cette personne qui dit tout haut ce que les autres ne pensent que dans votre dos. De ces gens que l'on dit "frais", "spontanés". De ceux qui vous font l'amitié de vous dire, sans aucune véhémence, tout simplement et naturellement, ce qu'ils pensent, à l'instant où ils le pensent.
C'est ainsi que j'ai dû me débrouiller avec un "nan nan, je comprends tout à fait qu'une fille puisse tomber amoureuse de toi quand elle te connait bien..." que j'ai mangé en pleine face alors que je n'avais même pas provoqué la joute.
Voilà, c'est servi brut, nature, sans ketchup ni vinaigrette, et tu n'as même pas besoin de te demander quel est le sens caché d'un tel "compliment", puisqu'il n'est même pas caché. Tu redescends alors brutalement sur terre, et pour la première fois depuis longtemps, tu regardes l'homme que tu es bien en face. Le sous-entendu "au premier abord, t'es quand même vilain" bourdonne encore quand tu vas te coucher, en te demandant si demain tu auras encore l'audace d'imposer aux gens normaux de l'extérieur ton physique si disgracieux. Peut-être pas. Ou alors tu ne porteras plus la tête aussi haut, tu ne seras plus orgueilleux, et tu prieras pour passer le plus inaperçu possible lorsque tu feras l'affront de présenter à la lumière du ciel un être aussi peu engageant que toi. Brutale prise de conscience, "nous ne sommes rien en ce bas-monde, mais toi franchement t'es pire". Médite là-dessus, toi qui pensais que l'age te donnait du charme...
Merci à celle qui s'est bien évidemment reconnue. Merci donc pour ta "fraîcheur", ta "spontanéité", ta franchise, ton respect, ton amitié, et surtout pour faire passer avec tant de grâce et de délicatesse une pilule aussi amer et âpre.
Tyler Durden n'a-t-il pas dit : "On dit toujours qu'on fait souffrir ceux qu'on aime, mais on oublie de dire qu'on aime ceux qui nous font souffrir".
Par KEFK
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