Dimanche 18 mai 2008
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On peut mesurer la bonté de quelqu'un au nombre de gens qui pleurent à son enterrement.
Toute sa vie, on espère qu'on aura un bel enterrement. Par "bel enterrement", on entend "enterrement triste". On espère qu'au moment où la boîte dans laquelle on a rangé notre encombrante dépouille
s'avance vers le four, ou s'enfonce dans la terre, les coeurs et les gorges se serreront. Les larmes inonderont les joues, les estomacs se rebelleront contre le dernier repas pris par les
innombrables, et inconsolables invités.
N'est-il pas tout à fait absurde d'espérer une ultime preuve que l'on est aimé, au moment où l'on ne peut plus y assister ? D'autant que cela revient presque à dire : "J'aimerais que, sans moi, les
gens souffrent." L'ironie de la gentillesse.
La dévotion aux siens revient à se rendre indispensable, au point que notre disparition laisse notre entourage démuni, désorienté, et en souffrance. Vouloir se faire aimer, c'est vouloir finir par
manquer à quelqu'un. A un maximum de "quelqu'un" qui, lorsqu'il se souviendront de vous, auront de la peine de vous savoir parti. La douleur de ceux à qui vous manquez est la preuve que vous avez
aidé à embellir leur vie. Que votre existence n'a pas été totalement vaine. Mais le résultat en est bien que, par votre faute, ils finiront par souffrir.
Personnellement, j'aurais du mal à supporter qu'on ne m'apprécie pas. Je déteste savoir que je n'ai pas marqué certaines mémoires. Et j'exècre de me dire que je ne suis pas en haut de la liste de
ceux dont on peut espérer l'aide en cas de besoin. Je voudrais être indispensable. Savoir que j'ai apporté quelque chose à ceux que j'ai côtoyés. Et au lendemain de mon dernier jour, j'aimerais
savoir que la phrase "il nous manque" est sur un maximum de lèvres.
N'est-il pas de plus grand égoïsme ? Existe-t-il une plus grande cruauté que de d'espérer voir souffrir ceux que l'on a aimés ?
Au final, les "invisibles" sont peut-être les plus charitables d'entre nous. Ceux dont on a du mal à retrouver le prénom, ceux qui ont eu la politesse de se faire assez discret pour que leur perte
ne fasse pleurer personne, ne fasse souffrir personne.
"Qui est mort ? Mais je le connaissais, moi ?".
"Machin" est mort dans l'anonymat, peut-être, mais au moins, "Machin" n'est pas devenu le couteau qui tourne dans la plaie de toute une famille, de tout un parterre d'amis, auprès de qui "Machin"
se serait rendu, égoïstement, trop indispensable. Un vrai gentil, finalement, sera celui qui aura su se faire apprécier, sans se faire aimer. On salue la personne qu'il, ou elle, aura été, on rend
un p'tit hommage courtois, et on reprend nos vies.
Celui qui aura bâti, un jour ou l'autre, finira par détruire tout ce pour quoi il a oeuvré avec tant de coeur. Sans même un effort, juste en partant, il pulvérisera les vies des seules personnes
qu'il aura essayé, durant toute son existence, et de toutes ses forces, de protéger de la souffrance... Et en plus, ce salopard en ressentira presque de la fierté...
ET APRÈS MOI L'DÉLUGE !!
Des comm' et des scoubidous