Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 09:23
Le phénomène bien connu de l'homme qui cherche ses lunettes alors qu'il les a sur le nez peut prendre plusieurs formes. La réponse aux énigmes qui nous torturent l'esprit est bien souvent plus proche, plus visible, qu'on ne le pense.

Depuis quelques jours, je cherche inlassablement l'explication psychologique d'un rêve étrange que j'ai fait.
Je parcoure une route familière, à moto, à la tombée de la nuit. Ca pourrait être class, si je n'étais pas nu comme un nourrisson.
Début du sentiment de gêne.
Je suis à la recherche d'un endroit un peu isolé, à l'abri des regards, pour soulager une envie pressante. Le gros problème, c'est que dès que j'essaie de faire pipi, mon urine attire invariablement trois aigles, format mutant, entre 50 centimetres et 1 mètre de hauteur, tous trois coiffés d'une perruque blonde, qui avancent alors vers moi l'air menaçant. Bien-sûr que c'est drôle, mais mon sentiment d'oppression n'en est pas moins dérangeant sur l'instant.

J'ai cherché, posé des questions, "introspecté" à tout va, pour trouver une explication psychologique à cette étrangeté. Persuadé que c'était un avertissement de mon esprit, d'un danger imminent qui menaçait ma psyché. Rien. A part le fait qu'être nu dans un rêve est la traduction d'un sentiment de vulnérabilité, mes investigations ne m'expliquaient ni la présence des aigles, ni le pourquoi de leur perruque, ni la raison pour laquelle mon urine était le signal rassembleur pour qu'ils viennent me coller les miquettes avec leur regard menaçant.

Jusqu'à ce matin.

Il est 8h30 au moment où l'illumination a lieu.
Je suis en train de m'adonner à mon premier pipi du matin, lorsque derrière moi, mes deux petites têtes blondes lancent les hostilités.
"Papaaaa, Antoine y veut pas m'rendre la tétine et Tchoupiiiiiiii !", et Antoine de répondre en hurlant "T'oupi ma pas 'a tétine à 'ahentine !".
J'essaie de pivoter pour garder un semblant d'intimité alors qu'ils font le tour de chaque côté de la cuvette, pour m'exposer le contexte de leur nouvelle guerre, et plaider chacun leur cause. Tout en tentant de finir ce que je suis en train de faire, sans inonder le carrelage, mes pieds, leurs chaussons, et le dernier exemplaire de Closer dont je n'ai pas fini le jeu des 7 erreurs. La colère monte, les décibels aussi. Sophie dort, c'est son seul matin de repos de la semaine. Faire en sorte qu'elle ne soit pas réveillée. Arranger les choses, vite, dans le calme, ne pas pisser à côté, merde j'aime pas quand ils me parlent alors que je me tiens l'objet du délit qui a servi à la confection de ces deux monstres.
"Antoine rend Tchoupi à Valentine, c'est son doudou. Valentine c'est pas ta tétine, la tienne est rose et celle-là est bleue. Je m'en tape que tu la trouves pas, tu prends pas celle de ton p'tit frère."
Antoine entreprend d'accepter les négociations et rends alors Tchoupi à sa soeur. Erreur de calcul de ma part.
"MERDE NAN LUI PASSE PAS MAINTENANT DEVANT PAPA !!!!"
Là tu bloques le débit. Brûlure au 64eme degré de toute la zone ziziène. Tchoupi n'est pas mouillé, tout va bien.
Problem solved.
Et pourtant ils restent, alors que tu essaies de finir. Tu as beau leur dire que c'est bon, ils peuvent partir, qu'on ne dérange pas les gens quand ils sont aux toilettes, que merde putain ça va, là, t'as bien le droit d'avoir une minute de paix dans la journée, ils sont en mode "j'entends pas". Valentine te tend même le rouleau de papier. Tu te fends d'un "merci" qui glacerait instantanément la chambre à partouzer de Satan en personne. Tu finis ton buisness, et tu sors.
Tension artérielle : frise le 19.4. Tu voulais juste faire pipi. L'explication des aigles ariens t'arrive alors claire comme le cristal. Tout à coup tes deux enfants ont un air de rapaces que tu ne leur avais jamais vu jusqu'alors...
Le troisième aigle, me direz-vous ?
Cette révélation matinale m'a permis de découvrir son identité en faisant une petite rétrospective de mes passage à l'urinoir. J'ai ainsi découvert que c'est en général l'instant que ma douce et tendre préfère pour me poser toutes sortes de questions existentielles. Morceaux choisis : "T'as d'mandé à ta comptable pour le papier des impôts ?", "T'es oùùùùùùù ?", "Oh naaaaaan, j'avais enviiiiiiie !!", "Tu sais où est le chausson droit de la poupée violette ?", "Je fais des steaks ce soir ?"...
Moralité, si tu cherches à savoir pourquoi, même dans tes rêves, tu ne te sens jamais en paix, demande à tes gosses, eux ils savent probablement mieux que toi...

J'attends désormais l'ouverture de la chasse à l'aigle-à-frange avec impatience.
Par KEFK
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Commentaires

C'est toujours un petit soulagement de se rendre compte que ce qu'on vit, au fond, c'est la même chose pour tout le monde. Mais par contre j',au flaché que ton style d'écriture. Je me souvenais de tes lettres il y a exactement 12 ans quand je quittaus la maison pour m'engager. Tu écrivais déjà très bien mais là, c'est encore plus abouti. Continu a coucher tes pensées, je les suis avec délectation.
Commentaire n°1 posté par ulysse le 12/08/2008 à 21h18

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