Mardi 8 juillet 2008
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A ces couples qui n'ont pas permis que le Drapeau, ou l'Eglise, leur interdise d'être heureux. A ceux qui n'ont pas laissé le poid des menaces leur faire courber la tête. A ceux qui ont compris que
la Moralité n'était que le pléonasme de la peur, et à tous ceux qui les ont soutenus.
Quel plaisir peut-on retirer de la destruction ? Qu'est-ce qui fait en sorte que l'on puisse éprouver une réelle satisfaction à faire tomber ce qui a été construit ?
Il était une fois un mur. Un mur solide. Planté. Se dressant, de toute son insolente puissance, entre l'Homme et la Liberté. Plus solide que cette saloperie, on n'a pas fait. Construit d'un alliage
de lois stupides, d'à prioris fascistes, d'une pelleté de nature injuste, et ferré de la base au sommet par un Dieu dont les voies, non-contentes d'être impénétrables, se vantent de s'acharner sur
les innocents.
Alors, au milieu du parterre formé par la foule, qui a oublié depuis bien longtemps que derrière ce mur, il y a le ciel, l'horizon, l'humanité et l'amour, et qui regarde, assise, docile, le béton
qu'on leur impose comme paysage, quelle indescriptible fascination de voir se lever deux personnes, de surcroît deux personnes parmi les plus préciseuses de notre vie. Les regarder avancer vers
cette abomination, le regard fixe, sans rien dire, sans se soucier s'ils vont être suivis ou hués, chacun une masse dans la main. Debout, face au mur. A peine se lancent-ils un dernier regard. Ils
n'ont même pas besoin de chercher le courage dans les yeux de l'autre. La quintessence de la détermination.
Et ils commencent à frapper.
Parce qu'ils ont compris. Parce qu'on a beau leur dire que c'est peut-être pas la meilleure des idées, ils savent que s'ils ne voient pas ce qu'il y a derrière ce mur, rien ne vaut d'être vécu.
Alors au milieu des coups, à force d'entendre le choc du métal sur le béton, certains esprits sortent de leur coma. Le "Mais qu'est-ce qu'ils sont en train de faire ?" laisse place peu à peu à
l'admiration. Des cris d'encouragement se font entendre. Quelques-uns se lèvent pour applaudir, d'autres se contentent, superstitieux, de croiser les doigts en priant pour que tout se passe bien.
On n'entend de moins en moins les "Mais vous êtes fous ?! Arrêtez pendant qu'il est encore temps !". Peu s'en foutent. Entre eux, les "spectateurs" y vont de leur commentaire, de leur opinion, de
leur pronostic.
Le mur tient bon. Il resiste de toutes ses pierres. Certains éclats de roche arrivent même à blesser au sang. Les mains souffrent, les bras fatiguent, le découragement tournoie au dessus de ses
victimes. Peut-être les cris de la foule, derrière, ont-ils réussi le faible exploit de redonner un peu de courage. Toujours est-il que les coups ne cessent pas. Plus la roche est dure, plus la
frappe se fait violente. Et plus les bravos se font entendre. Une masse compacte s'est formée autour des deux héros. Rien ni personne ne doit les détourner de leur objectif. L'enjeu est désormais
trop grand. L'espoir est maintenant presque palpable, tant il est solide.
Jusqu'à la première pierre qui tombe. Le premier rayon de ce soleil, qu'on n'espérait plus, perce, et vient frapper les yeux et les visages.
"Ils vont réussir. Putain ils vont le faire."
La lumière est si forte que certains yeux larmoient déjà. Les derniers coups résonnent seuls, au milieu du silence respecteux, admiratif, presque incrédule, qui s'est installé parmi les badauds. Le
mur a abandonné tout espoir de victoire. Les pierres se laissent chasser une à une. Ce titan, dont l'ombre impressionnait tant, semble désormais fait de carton, et n'offre plus aucune résistance.
Il semble maintenant presque accueillant, éclairé par la lumière aveuglante qui le traverse.

Ils sont seulement deux à passer de l'autre côté des ruines. Ils ont détruit ce mur seuls. Ils
sont seuls méritant à pouvoir traverser cette frontière. Tout au plus pourrons-nous nous éclairer un peu à la lumière de leur auréole victorieuse. On les regarde partir, on attend le récit de ce
qu'ils vont découvrir "là-bas". Les restants se regardent entre-eux, les yeux humides, un lien s'est tissé entre ceux qui ne se connaissaient pas. Tous profitent de ce nouveau soleil pour se
réchauffer. L'exploi accompli n'a pas seulement détruit un mur, il a construit un pont. Répercution agréablement inattendue.
On agîte une main, en tenant celle de son voisin avec l'autre...
Tristesse mêlée de joie, de fierté, de soulagement, d'admiration, et d'amour infini.
Il n'ont pas abattu ce mur. Ils l'ont pulvérisé. Jamais destruction d'un édifice n'aura été plus belle à voir.
Des comm' et des scoubidous