Une vengeance trop prompte n'est plus une vengeance ; c'est une riposte
Résumé des épisodes précédents
Lors d'une soirée-charrette -entendez par-là une bonne partie de la nuit passée seul au boulot, alors que tout le monde, y compris le boss, qui vous a donné un travail
considérablement urgent, mais a dû s'absenter pour assister à une quelconque pièce de théâtre, est parti depuis longtemps-, Superjean attendait patiemment
que la boîte de conserve qui lui sert de presse finisse sa sieste et se décide à lui sortir les 3 pauvres créas qu'il avait pompées sur un
vrai graphiste freelance, qui avait eu la mauvaise
idée d'afficher son travail sur Internet. A bon entendeur...
Gros "
bref".
A côté de la salle des machines, il y a un bureau. Et dans ce bureau, il y a un "nouveau". Embauché depuis quelques semaines, il fait partie des rares hommes de l'entreprise, et de la catégorie
encore plus rare de ceux qui ne parlent ni voitures, ni sport, ni "Nouvel écran LCD de ouf avec des contrastes t'y crois même pas tellement c'est beau" dont je n'ai jamais rien eu à carrer, même
sous acide. Un mec doté d'une sympathie laissant présager qu'il aurait assez d'humour pour comprendre que quand je m'ennuie, il faut bien que quelqu'un en pâtisse...
J'ai donc profité de mon attente pour vider sur son fauteuil de bureau le contenu de la perforeuse. Quelques centaines de petits confettis répartis pour que ce soit un peu relou à ramasser. Rien de
bien méchant. Avec juste une petite touche de challenge, un post-it sur son clavier : "
Si tu trouves la réponse à l'énigme "Mais putain pourquoi ça marche pas ?", tu gagnes !"
La cellule de sa souris ayant été soigneusement masquée par du ruban adhésif estampillé "
gagné !", là non-plus, il n'y avait pas de quoi fouetter un ornithorynque, pauvre
bête...
Bien évidemment, je m'attendais a une riposte. Ce que ce cher Confucius n'avait pas prévu, c'était l'
escalade...
Le lendemain, je trouvai une longue lettre sur mon bureau, pleine d'engouement, transpirant la même excitation que lorsqu'on joue à Guitar Hero pour la première fois. En résumé, ma victime
m'expliquait que je ne savais pas dans quel engrenage je venais de coincer mon doigt. Ancien moniteur de colonies de vacances, il avait presque co-écrit le Missel de la Farce qui Tache, et qui
Fâche. Sa prose me remerciait quasiment d'avoir "ouvert le bal", tant il était clair qu'ouvrir une boutique de farces et attrapes devait être son ambition première, étant jeune. Mon "défi" était
relevé, la joute allait commencer. La lettre était signée "Lux L. Joker"... En plus il s'inventait un personnage... Le contrôle de la situation m'échappait déjà...
En guise de premières hostilités, il avait simplement, presque timidement, affublé ma statuette de Superman d'un masque souriant, comme pour me prévenir qu'il allait frapper là où ça allait faire
mal.
Fort heureusement pour moi, la semaine fut chargée en heures supplémentaires. J'avais toutes mes soirées pour réfléchir et exécuter mes coups-bas. Le soir-même j'en profitais donc pour lui
expliquer par écrit que s'il se prenait pour un erzats de Lex Luthor, il devait lui aussi être, comme son modèle, un gaucher contrarié. Par bonté d'âme, j'ai donc interverti tout son bureau pour
qu'il s'y sente

mieux. Tout était parfaitement rangé, mais à l'envers. Sorte de miroir de
ce qu'était son espace de travail avant. Sachant qu'il a un bureau d'angle assez grand, j'étais plutôt fier de moi.
Le crime ne prenant jamais de repos, mon nouvel ennemi est allé jusqu'à venir au boulot un dimanche pour répondre à mon geste. Des heures durant, il a méticuleusement découpé des centaines de
petits papiers, chacun portant une inscription piochée dans le registre du "Arf arf", ou juste sa signature criminelle, et les a répartis, collés les uns à côté des autres, pour finalement
recouvrir
l'intégralité de mon bureau. Premier indice d'un esprit psychotique à tendances meurtrières...
Bien que désarçonné par le choc de découvrir que je travaillais à côté d'un potentiel tueur en série, je me devais de répondre. Mais j'avais pris le parti d'être le gentil de l'histoire.
Il voulait la guerre, j'allais lui apporter la paix.
Toujours par souci de bien faire, et de prendre soin de son matériel, la veille des vacances, j'ai plastifié, sous vide, à la machine, chaque objet de son bureau ; téléphone, clavier, dossier,
courrier, règle, agenda... chaque stylo de son pot à crayons était sous vide individuellement, puis le tout était ré-empaqueté par dessus, afin qu'aucune de ses affaires de prenne la poussière
durant les 3 semaines de vacances. Encore une bonne action qui allait m'ouvrir les portes du Paradis, et lui apprendre que la violence et la haine de sont pas des réponses à ses blessures.
Le crime ne prenant décidément
jamais de repos, j'ai appris, pendant mes vacances, par mon patron lui-même, qu'une surprise m'attendait à mon retour. Mon Nemesis était venu
pendant ses
congés payés, une journée entière, pour éxecuter son chef d'œuvre criminel. J'ai découvert, en ce lundi de rentrée, que l'imagination d'un
esprit malade n'a aucune limite...
Abasourdi, incrédule, désarmé, j'avais devant moi l'ingéniosité machiavélique à son paroxisme.

Il avait "entoilé" mon bureau d'une toile d'araignée géante. Pas de ces fausses toiles
qu'on trouve dans les magasins, en coton non-tissé, non non, il avait lui-même noué une corde, en forme de toile, fil par fil, parfaitement parallèles, comme si Spider-Man lui-même avait eu la pire
des gastros à mon plafond. Un travail de Titan, pendant 9 heures ininterrompues... Ramasse ta mâchoire, tu vas gober les mouches...
A la liste des grands actes criminels, il y aura eu le 11 septembre, le casse de Nice de Spaggiari, l'élection de Bush, la Star Academy, l'éviction de Jean-Bernard à Koh Lanta, et désormais
l'entoilage de mon bureau.
C'est toujours avec une pointe d'admiration que l'on regarde naître un grand criminel, mais là, en toute franchise, non-seulement j'ai perdu une très grosse bataille, et je ne sais pas comment je
pourrais mettre la barre plus haut...
mais en plus
...
j'ai peur...
Des comm' et des scoubidous